La Russie a annoncé la création à venir d’une base navale au Soudan. Cette nouvelle confirme le retour de la Russie en Afrique, qui était quasiment absente du continent depuis la chute de l’URSS. La Russie a plusieurs intérêts commerciaux, géopolitiques en Afrique et en mer Rouge, et poursuit son développement à l’international.

Le 11 novembre 2020 la Russie a officialisé la création prochaine d’une base navale à Port-Soudan. Cette base sur le bord de la mer Rouge pourra accueillir 4 navires militaires et 300 hommes, civils et soldats. Le gouvernement soudanais ne demande pas de compensation pécuniaire, mais un renforcement de sa capacité de défense. Notamment par la formation de la marine soudanaise et de son armée. La Russie participera donc aux opérations de défense navale du Soudan en mer Rouge.

Une présence russe permettra de réduire la piraterie en Mer Rouge, de tarir les trafics de drogue et d’esclaves, et de combattre les groupes terroristes et criminels de la région, du Sinaï à la Corne de l’Afrique. Elle permettra également de stabiliser une voie importante pour le commerce international, entre le canal de Suez et l’océan Indien, et sur les côtes de l’Arabie Saoudite. Enfin, la marine russe pourra se projeter plus rapidement dans cette région importante, où circulent notamment les tankers pétroliers venus du Moyen-Orient, et les portes conteneurs d’Asie. La coopération étendue avec le Soudan dans le domaine militaire peut démontrer aux autres pays africains l’avantage d’une collaboration avec la Russie. C’est un signal envoyé à pour développer des relations dans ce continent. 

Source d'eau au Soudan.
Des soudanais dans une région du sud du pays.
© Mohamed Tohami, Unsplash

La clé vers l’Afrique

Protéger le Soudan permet également de sécuriser le transfert d’hydrocarbure vers l’Afrique subsaharienne. Frontalier de plusieurs pays au centre de l’Afriquen le Soudan est la clé vers l’Afrique Noire. Notamment vers la Centrafrique, où la Russie a développé une présence militaire au côté du gouvernement. Depuis 2017, des formateurs russes sont présents pour accompagner la formation de l’armée centrafricaine. 

L’Afrique est un marché important avec plusieurs secteurs à conquérir, de la vente d’armes et d’hydrocarbure à l’exploitation de ressources minières. La création de centrales nucléaires est également un marché visé par Rosatom. L’installation de cette base est consécutive au sommet Russie-Afrique, qui avait eu lieu à Sotchi en octobre 2019. Après ce sommet, la Russie s’était déjà rapprochée de plusieurs pays africains. Les entreprises russes avaient alors signé plusieurs contrats, dans l’exploitation du pétrole, ou le nucléaire.

Les voix des 54 pays africains à l’ONU, un quart des votes, sont également importantes pour les russes. 

Le croiseur soviétique Amiral Koutouzov, à Novorossyisk
Le croiseur soviétique Amiral Koutouzov, à Novorossyisk, un des symboles de la flotte soviétique et russe.
© Ilya Sidak, Unsplash

La Russie comme stabilisateur et pacificateur dans le monde

En 2011, les membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU votaient l’intervention militaire en Libye, grâce notamment à l’abstention de la Russie de Dimitri Medvedev, alors qu’elle disposait d’un droit de veto. En 2016 sous Vladimir Poutine, la Russie envoie des troupes à l’invitation de Bachar El-Assad en Syrie contre les rebelles djihadistes et l’État Islamique, et extermine les terroristes. Cette position de pacificateur, encore prouvé en Arménie, et de protecteur des États en place, par opposition à l’interventionnisme occidental, ainsi que son droit de veto à l’ONU font de la Russie un potentiel puissant allié pour les gouvernements africains.

Défendant la souveraineté des États, le multilatéralisme et la stabilité, elle offre une alternative aux africains. Entre les chinois et les américains, cette posture séduit. C’est ce qu’on voit au Soudan et en Centrafrique, où le gouvernement fait face à une guerre civile et des groupes armés, et a fait appel aux russes.

L’importance de l’Afrique pour la Russie

Avec une démographie explosive, l’Afrique est un problème pour tous les pays du monde. Bien qu’elle soit loin, la Russie a elle aussi intérêt à la stabilité du continent. Des migrations de masse engendrées par des conflits, des famines ou le changement climatique n’affecteraient certes pas directement la Russie, mais l’Europe. Hors une Europe en crise serait elle un problème pour la Russie, le vieux continent étant un partenaire économique important. Malgré les sanctions, l’exportation de matières premières vers l’Europe continue et est un marché très important pour l’économie russe.

Une mosaïque soviétique à Irkoutsk en Russie, montrant l'union des peuples pour la révolution
Une mosaïque soviétique à Irkoutsk en Russie, glorifiant l’union des peuples du monde pour la révolution.
© L’Ours Blanc

Développer la croissance de l’Afrique

Face à une crise démographique et une fuite des cerveaux, l’Afrique a tout intérêt à multiplier les partenariats avec les pays étrangers pour se développer, Russie, Etats-Unis et Chine tout particulièrement. Mais elle doit éviter les contrats inégaux, et les dépendances. Dans cette optique, plus d’offres permettra aux pays africains de faire jouer la concurrence et d’obtenir les meilleurs partenariats.

La Russie, pour s’implanter en Afrique, peut compter sur son passé, elle qui n’a pas colonisé. Elle peut se souvenir de la guerre froide, quand elle était très présente en Afrique, au Congo, en Angola, en Algérie, où les soviétiques ont soutenu, parfois entièrement organisé, des révolutions. L’université Patrice Lumumba de Moscou est un symbole des relations russo-africaines. Avec une démographie en très grande accélération, l’Afrique est un continent plein de richesses et de promesses pour la Russie.


5 décembre 2020